Les discussions en classe qui traitent de la protection de l’humain et des non-humains amènent souvent les élèves à perdre espoir dans la capacité de l’humain d’emprunter une autre trajectoire qui s’engagerait dans la considération de la vie.

À la suite d’une séquence pédagogique en biologie qui utilisait l’approche “One Health” dans l’étude de thématiques liées aux défis socio-environnementaux actuels, une question s’est imposée aux élèves.
Si toutes les espèces jouent un rôle fonctionnel dans leur écosystème, alors quel serait le rôle fonctionnel d’Homo sapiens dans la biosphère ? Quels sont les atouts d’Homo sapiens ? Et si l’on croyait dans ses capacités de comprendre et protéger le réseau du vivant ?

Pour tenter de répondre à ces questions les élèves ont reçu la consigne suivante :
Notez et promouvez ce qu’Homo sapiens est capable actuellement de faire ou de ne pas faire ou pas suffisamment.
Ci-dessous voici l’expression vivante des souhaits profonds de travailler pour une santé unique, pour une humanité épanouie et en sécurité, car la seule manière de vivre dans cette biosphère est de faire des alliances avec toutes les formes de vie dans la toile du vivant.

Les élèves ont cependant quelques réserves.
Homo sapiens est capable du meilleur, comme le montre la création du concept “One Health” ou la protection de la biodiversité, mais aussi du pire, insiste Betty. Ce tableau présente surtout les aspects positifs d’Homo sapiens, mais il faudrait aussi reconnaître ses contradictions. Par exemple, le CO₂ atmosphérique est passé de 280 à 400 ppm à cause de la déforestation, de la combustion fossile et de l’agriculture intensive, menaçant ainsi la stabilité climatique de l’Holocène qui a pourtant permis le développement des civilisations de Homo sapiens. Je pense donc qu’il serait intéressant d’ajouter cette dimension plus critique et nuancée au mur.
Pour Eva, certaines phrases sont trop optimistes, comme si Homo sapiens protégeait déjà vraiment la biodiversité, alors qu’il est une des principales menaces.
Mais qui est Homo sapiens ?

Peut-être faudrait-il définir qui est Homo sapiens ? Ont-ils tous la même manière d’habiter la Terre ? En regardant plus en détail, nous pouvons constater qu’il existe de nombreux peuples sur Terre dont les manières de vivre et d’entrer en relation avec les non-humains sont différentes de celles qui existent ici sur le sol helvétique.
Le monde moderne occidental a une vision dite dualiste où la Nature s’oppose à la Culture (Descola, 2005). Cette vision construit un monde où l’humain culturel ne fait pas partie de la nature. Cela a pour conséquences une perte d’attention et d’égard aux autres vivants, ce qui expliquerait, entre autres, la crise écologique actuelle. L’humain moderne se sentirait soit supérieur et donc maître de la nature ou à l’inverse, mais toujours dans une vision dualiste, il ne se sentirait pas légitime d’habiter ce monde.
L’anthropologie et la philosophie peuvent nous aider à comprendre d’où nous venons et pourquoi nous vivons d’une manière ou d’une autre. Rien n’est figé, tout évolue constamment.
Descola, P., 2005. Par-delà nature et culture. Gallimard, Folio Essais, pp 786.

